Programme pour les adolescents de 12, 13 et 14 ans

La formation s’étale sur 10 semaines. Chaque semaine se compose d’une leçon principale de 30 à 50 minutes et de 4 moments d’approfondissement de 10 minutes.

La formation est structurée de façon à pouvoir être dispensée en classe avec le concours des enseignant(e)s titulaires et la collaboration des parents. En pratique privée, la collaboration s’établit entre l’instructeur et les parents.

semaine 1. Observer et se concentrer

S’entraîner à l’attention vise à apprendre aux adolescents (et aux adultes) à être totalement présents à ce qui se passe dans le moment vécu en adoptant une attitude d’ouverture et de bienveillance que ce soit dans le monde extérieur ou dans notre monde intérieur. Sans se laisser entraîner par l’agitation quotidienne, sans porter de jugements de valeur, sans rejeter ou ignorer ce qui se passe, nous sommes présents à ce que l’on fait, à ce qu’on pense ou à ce que l’on ressent. Nous sommes ici, maintenant et dans cet espace de rencontre.

Beaucoup d’adolescents souhaiteraient savoir comment s’affranchir du flot de pensées qui les submerge si souvent pour permettre à leurs sentiments de se manifester. Ils aimeraient aussi comprendre leurs propres réactions, et celles des autres pour apprendre à être avant tout eux-mêmes.

L’entraînement à l’attention commence en observant et en se concentrant sur le mouvement de la respiration. En faisant cela, nous sommes présents à ce qui se passe dans l’instant.

Pour s’exercer, la respiration est toujours à disposition. Elle permet de prendre toujours davantage conscience de notre monde intérieur et nous pousse vers la concentration et l’observation.

semaine 2. Quitter la tête, sentir le corps

Outre l’attention portée sur la respiration et sur l’entraînement de la mémoire, il vaut vraiment la peine de prêter attention à notre corps. C’est là que nous habiterons toute notre vie. Souvent nous nous faisons beaucoup de souci pour notre corps alors que dans le même temps nous ne sommes absolument pas en contact avec lui. Par exemple, nous le nourrissons parfois beaucoup trop ou alors beaucoup trop peu. Notre corps est capable de supporter de grosses surcharges, de grosses privations, mais il lui arrive aussi de jeter l’éponge.

En dirigeant régulièrement notre attention sur ce qui se passe maintenant dans notre corps, nous nous mettons en contact avec lui et cela nous permet de sentir où se situent nos limites. Il nous dira quand c’est trop et quand c’est trop peu. Il faut cependant apprendre à l’écouter. Trop peu d’exercice physique, beaucoup trop de jeux vidéo, trop peu d’alimentation et trop de sucreries, trop de soucis et d’émotions, trop de devoirs: tout cela, nous pouvons le ressentir en nous-mêmes.

En apprenant à connaître notre corps, nous parviendrons aussi à reconnaître ses plaintes, mais aussi ses points forts. Nous apprendrons à ne pas réprimer ou minimiser les douleurs, les angoisses ou la fatigue. C’est donc extrêmement important de faire confiance à notre corps. En discernant les signaux importants de ceux qui le sont moins, sans jugement, nous saurons progressivement comment cela se passe à l’intérieur. Cela demande beaucoup d’attention et du courage aussi car toutes les sensations ressenties ne sont pas forcément agréables.

Nous nous occupons souvent de l’aspect extérieur de notre corps et moins de ce qui se passe à l’intérieur. C’est pourtant de ce côté-là qu’il faut être le plus vigilant.

semaine 3. L’intérêt des sens

L’utilisation de nos sens amène à l’expérience immédiate. Ce que l’on voit, goûte, sens ou entend est vraiment là, en ce moment. Par contre, ce que l’on en pense, c’est tout autre chose parce que l’on fait alors intervenir des jugements (c’est beau, c’est laid, c’est trop fort, ça n’a pas de goût), ou bien des souvenirs (autrefois, c’était mieux, plus amusant, plus rassurant, plus chaleureux, plus calme) ou encore des opinions (demain, je réaliserai une meilleure performance, je comprendrai mieux). Les attentes et les désirs jouent également un grand rôle dans nos pensées: (je vais à nouveau me faire enguirlander, ça va de nouveau mal finir, je veux absolument être le n°1).

Notre esprit critique interfère aussitôt en nous racontant des histoires sur la façon dont ça devrait être, dont ça pourrait être ou encore dont c’est supposé être. Souvent c’est à l’opposé de ce qu’est la réalité simplement observé. Mieux vaut alors le fier à nos sens sans s’obliger à faire intervenir la pensée. Mieux vaut percevoir comme si on en faisait l’expérience pour la première fois.

Lorsque l’on remarque que l’on juge ou que l’on interprète, veillons alors à lâcher prise pour revenir au fait de regarder, toucher, goûter, entendre, sentir et voir ce qui est à percevoir, sans a priori. Tout l’éventail de cette riche expérience du moment présent nous pénétrera directement, sans le détour par le mental.

semaine 4. Gérer les désirs

Toute la semaine portera sur le désir, le désir d’une situation qui serait différente de la situation actuelle.

Nous souhaitons que les choses soient autrement qu’elles le sont en réalité: meilleures, plus sûres, plus belles, plus faciles ou encore comme autrefois. Nous éprouvons parfois un sentiment de déception, de chagrin, de solitude ou encore la crainte que les choses ne s’arrangent jamais. C’est forcément aussi le cas pour les adolescents. Dans ces moments-là, le désir joue un grand rôle: un profond souhait que les choses changent. Il s’agit de l’un des moteurs qui nous font avancer. C’est donc une attitude très saine mais hélas qui peut poser problème. Elle nous porte constamment vers ce que nous n’avons pas plutôt que vers ce que nous possédons déjà. Cela peut être malheureusement fort destructeur.

Souvent, c’est en agissant qu’on réalise ses désirs: on travaille durement, on évoque ses désirs, on s’exerce très régulièrement. Il faut savoir que l’on possède en soi bien plus qu’on ne le pense à première vue. Pour réaliser ses aspirations les plus profondes, mais aussi ses rêves, on peut s’appuyer sur nos images intérieures. Elles peuvent stimuler des prédispositions déjà présentes chez nous.

Souvent, les adolescents voient qu’il y a un tas de choses qui clochent en eux, ils pensent que rien ne marche ou alors on leur serine qu’ils pourraient être bien plus performants. Ces images et ces jugements négatifs et souvent faux sur eux-mêmes minent leur confiance en soi et fragilisent plus encore leur personnalité déjà vulnérable.

En permettant de se construire une image positive, en usant des outils nécessaires au développement de cette image, les adolescents apprendront à renforcer les prédispositions qui étaient déjà bien présentes en eux, sans exagérer quoi que ce soit, sans se surestimer.

semaine 5. Patience, confiance et lâcher prise

Cette semaine sera centrée à nouveau sur les désirs, plus particulièrement sur le désir que les choses adviennent autrement, qu’elles changent.

En visualisant le but que l’on voudrait atteindre, on peut parfois aussi parvenir à ce but. Mais que faire des désirs dont la réalisation ne dépend pas de soi? Comment guérir d’un handicap? Comment s’en sortir face à la séparation de ses parents? Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut rien y changer. Face à cette impuissance, les images intérieures peuvent nous aider, on peut les visualiser dans notre cinéma intérieur.

Durant cette semaine, nous ferons plus ample connaissance avec trois principes de base importants:

  • La patience, parce que la situation que nous aimerions tant changer est pour l’instant telle qu’on ne peut forcer aucun changement.
  • La confiance, parce que la vie est de nature changeante. Rien n’est permanent. Tout change, pas toujours aussi vite qu’on le souhaiterait, mais cela change tout de même.
  • Le lâcher prise, parce qu’en montrant aux adolescents comment avoir confiance dans les changements, ils peuvent prendre conscience de leur capacité à lâcher prise, à abandonner l’envie de tout contrôler. Il ne s’agit pas de passivité. Cette acceptation peut être reconnue comme un accueil qui ouvre des portes. Sans rien exiger, nous expérimenterons que le changement n’a pas toujours lieu en voulant autre chose, mais en sachant qu’autre chose va forcément advenir, d’une façon ou d’une autre. Cette attitude donne la liberté de choisir la manière d’aborder les difficultés de la vie quotidienne.

semaine 6. L’art de communiquer

Communiquer, c’est établir un contact avec soi-même, avec les autres et avec la nature qui nous entoure. Pour y parvenir, il faut commencer par bien écouter et s’y exercer en silence. En baissant le son de notre propre murmure intérieur on se met à mettre en sourdine la voix intérieure qui juge. Alors, on peut vraiment entendre quelque chose, avec ses oreilles et avec tout son être. En prenant le temps de chercher à comprendre ce que les autres veulent vraiment dire quand ils parlent, on entre en contact avec eux. Cette rencontre se fait souvent au-delà des paroles.

En étant disposés à nous ouvrir coeur et âme,nous serons vraiment sûrs de savoir ce que l’autre veut dire. Sans a priori, on se rapprochera de lui, sans proposer de solutions toutes faites, sans donner immédiatement des conseils, sans porter des jugements. Derrière une grande partie de ce que les autres expriment se cache un besoin profond, celui d’être écouté.

Nous nous exercerons durant cette semaine à écouter au sens propre du terme, à dire ce que nous voulons vraiment exprimer et à utiliser les différentes façons de communiquer. En étant en mesure de s’ouvrir à soi-même, nous arriverons à donner aux autres l’espace nécessaire pour exprimer une opinion différente sans se sentir aussitôt agressé, sans imposer notre propre opinion. Nous élargissons alors notre propre cadre de pensée et les adolescents feront connaissance avec une étape importante de la communication: ensemble, nous allons nous en sortir. Nous ne pouvons pas savoir ce que quelqu’un veut dire avant d’avoir vraiment écouté ce qu’il voulait exprimer.

semaine 7. Les émotions, on les ressent

Les émotions surgissent en réaction à des situations vécues, à des pensées ou à des actions. Principalement, nous ressentons la colère, la joie, la peur et la tristesse dans notre corps. C’est pourquoi on les appelle aussi des sensations capables de nous affecter si intensément que l’on peut en être complètement bouleversé tant positivement que négativement.

On voudrait se débarrasser immédiatement des émotions pénibles telles que l’angoisse, la tristesse, la douleur, la honte, la confusion ou le doute. Comme on aimerait que les émotions agréables durent et s’éternisent. Tout comme soi, les autres peuvent émettre une opinion sur les émotions ressenties: montrer ses émotions est inconvenant, il faut se taire ou cacher ce que l’on ressent, un garçon ça ne pleure pas, etc. Pourtant, les émotions constituent une part très importante et constante de notre vie, elles influencent sensiblement nos comportements. Mais, contrairement à ce que l’on pense souvent, elles ne durent pas très longtemps: de quelques secondes à une dizaine de minutes, pas plus.

Durant cette semaine, nous veillerons à détecter, reconnaître et accepter avec bienveillance les émotions ressenties. Il n’est pas nécessaire de transformer les émotions éprouvées, de les cacher, de les retenir ou de s’y accrocher. Avec une attention consciente et bienveillante, nous apprendrons à vivre pleinement l’émotion qui nous traverse, comme une partie de nous-mêmes. Nous chercherons comment éviter soit de se laisser entraîner par elle, soit de l’ignorer. La meilleure attitude consiste à se tenir à bonne distance entre ces deux extrêmes.

Les émotions sont tout simplement là. C’est comme le temps, on ne peut rien y changer. Si l’on est sage, on peut penser à se tenir à l’abri de l’orage qui gronde, puis se remettre en chemin lorsque le temps est à nouveau plus clément. Le plus important consiste à faire la distinction entre ce qu’on est soi-même ( c’est durable, fiable, consistant) et les émotions ressenties (c’est fugace comme un nuage qui passe dans le ciel).

semaine 8. Le monde des pensées

Dans notre vie quotidienne, nous sommes constamment bombardés par une surcharge de stimuli, de sensations et de situations pratiques diverses. On n’a pas à les refuser ou à les évacuer toutes, ce serait impossible. Cependant, il est important de disposer des outils adéquats pour reconnaître puis gérer efficacement tous ces stimuli.

Souvent, nous ne remarquons même pas que nous produisons des pensées et des opinions, que portons des jugements ou que nous nous plongeons dans le doute. Si nous nous en rendons compte, nous prenons cela pour la réalité et nous nous y accrochons: jamais je ne serai promu en classe supérieure, mes camarades ne me trouvent pas sympathique, ils ne vont pas m’inviter, etc. C’est usant de fonctionner ainsi.

Au cours de cette semaine, nous allons faire connaissance avec le flot des pensées qui ne s’arrête jamais et nous allons apprendre comment avoir de l’influence sur toutes ces pensées. Cela permettra d’obtenir une plus grande tranquillité d’esprit. Savoir remarquer que l’on est maintenant distrait, que l’on est en train de ruminer ou que l’on se fait du souci nous apprendra à mieux nous concentrer sur ce qui en vaut vraiment la peine.

Nous apprendrons:

  • à maîtriser nos pensées: ainsi, les processus de pensée seront plus clairs et nous pourrons mieux les contrôler,
  • à accroître la tranquillité d’esprit et la capacité à gérer des « pensées perturbantes »
  • à mieux diriger notre attention bienveillante et consciente pour ainsi mieux nous rendre compte de ce qui se passe autour de nous. Nous serons alors moins distraits par les histoires qui traversent notre esprit ou par des stimuli extérieurs,
  • à donner de l’espace aux pensées créatives,
  • à améliorer notre mémoire et notre travail scolaire,
  • à être plus présent dans l’instant même, à être dans l’expérience même plutôt que dans la pensée de cette expérience.

semaine 9. Etre gentil, c’est agréable

La gentillesse est essentielle à la vie de l’être humain. La gentillesse ne juge pas, elle n’exclut personne et elle va doit au coeur. Elle permet de grandir, d’apprendre à avoir confiance en soi-même et dans les autres.

Si nous les cultivons, les pensées bienveillantes peuvent avoir un effet important. Nous éviterons alors de condamner machinalement les autres en raison de leur couleur, de leur comportement ou de leur religion. La force d’un mot gentil, d’un geste prévenant ou d’un visage aimable envers soi-même ou envers les autres fera naître une atmosphère calme, paisible, douce et ouverte.

En nous exerçant à être gentil, nous aurons l’occasion d’orienter la boussole de notre coeur. Même dans les moments difficiles, nous pourrons continuer à sourire gentiment, à nous encourager et à espérer que les choses pourront aller mieux demain. Nous pourrons regarder les autres avec compassion même si nous sommes peut-être fâchés contre eux.

En s’exerçant ainsi, les enfants apprendront que ce n’est pas si grave si, parfois, ils se comportent de façon désagréable. Ce sera juste important de prendre conscience que nous avons été désagréables. C’est ce qui fait toute la différence.

semaine 10. Le secret du bonheur

Qu’est-ce que le bonheur au juste?

Il est surtout constitué de moments de bonheur. Des moments où nous sommes totalement ouverts et entièrement présents à ce qui est agréable et beau. Des moments où nous sommes capables de nous arrêter là où notre coeur a été touché, sans penser ou chercher à modifier quoi que ce soit.

On peut trouver le bonheur dans des choses toutes simples, dans ce qui va tout bonnement de soi sans qu’il soit nécessaire d’agir ou de laisser faire.

Si nous permettons à notre coeur de se laisser envahir par tous ces moments merveilleux, nous serons souvent heureux.

Le secret, c’est de permettre consciemment à tous ces moments de se manifester sans chercher à les retenir.

Nous n’aurons aucune attente en ce qui concerne la prochaine fois, nous serons tout simplement présents à un autre moment, entièrement présents à ce qui arrivera. Nous serons prêts à ressentir, goûter, entendre, voir et sentir l’odeur du moment à vivre.